Data-centré et souverain : La stratégie de Maincare pour l'hôpital de demain

Devenue un levier stratégique incontournable, la transformation du système de santé nécessite des partenaires capables d’apporter une vision claire et alignée avec les réalités du terrain. Intégré à La Poste Santé & Autonomie, Maincare déploie aujourd’hui une feuille de route visant à faire évoluer en profondeur le système d’information hospitalier, autour d’une architecture data-centrée et d’une intelligence artificielle souveraine. Olivier Geoffroy, directeur général de Maincare, revient sur cette trajectoire et sur les choix structurants engagés pour accompagner durablement les établissements de santé.

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Pour commencer, pourriez-vous nous rappeler le rôle de Maincare au sein de La Poste Santé & Autonomie ?

Olivier Geoffroy : Face à la nécessité de faire évoluer ses activités, le groupe La Poste a choisi de structurer une offre dédiée à la santé avec la création de La Poste Santé & Autonomie. Cet acteur d’intérêt général, détenu à 100 % par des capitaux publics, s’appuie sur la proximité du groupe La Poste et sur l’expertise numérique de Docaposte, notamment pour l’hébergement, la sécurisation et la valorisation des données de santé.

La Poste Santé & Autonomie porte une vision fondée sur un système ouvert, souverain et orienté données, au service des parcours de soins, de la prévention et de la recherche. Dans ce cadre, Maincare, éditeur historique de solutions de système d’information hospitalier présent sur plus de 1 000 sites, contribue à la mise en œuvre d’un SIH structuré autour de la donnée. Sa force repose sur la complémentarité avec les autres entités du groupe, en particulier Docaposte, qui apporte son expertise sur les technologies, la sécurité et la souveraineté numérique. Ensemble, nous disposons d’un ensemble de compétences cohérent pour accompagner la transformation numérique du secteur de la santé.

Justement, quels enjeux identifiez-vous aujourd’hui au sein de ce secteur ?

Nous avons en France des établissements reconnus pour la qualité de leur prise en charge, leur capacité d’innovation clinique et l’engagement des professionnels de santé. Ces atouts sont réels. Pour autant, les hôpitaux doivent composer avec des difficultés durables : tensions sur les ressources humaines, attractivité médicale parfois fragile, organisations territoriales complexes, fragmentation des systèmes d’information, exigences réglementaires récurrentes et contraintes budgétaires fortes.

Sur le plan numérique, ces enjeux sont accentués par la multiplication d’applications hétérogènes, souvent peu interconnectées, qui complexifient les usages au quotidien. Le numérique, initialement conçu pour simplifier les pratiques et réduire la charge administrative, a parfois produit l’effet inverse. Notre objectif est donc clair : passer d’un SIH fragmenté à une architecture unifiée et centrée sur la donnée, afin de simplifier les processus, renforcer la coordination entre acteurs, améliorer les échanges ville-hôpital et soutenir la recherche clinique. Il s’agit de concilier ergonomie, fiabilité et couverture fonctionnelle, tout en favorisant l’ouverture et le partage des données.

C’est à cette fin que La Poste Santé & Autonomie a co-créé l’Alliance SIH…

Pour engager une transformation du SIH fondée sur la souveraineté et la donnée, il est nécessaire de s’appuyer sur un socle technique interopérable et indépendant des solutions applicatives. L’objectif est de permettre l’activation de briques fonctionnelles adaptées aux besoins des établissements, tout en garantissant une exploitation sécurisée, standardisée et fluide des données de santé.

Cette trajectoire doit être portée par des acteurs partageant une vision commune. Chacun conserve sa spécificité, mais s’inscrit dans un cadre partagé, indispensable pour permettre au système de santé de relever ses défis. Des standards existent et ont déjà fait leurs preuves dans plusieurs pays européens. L’Alliance SIH s’inscrit dans cette logique d’intérêt général. Elle réunit aujourd’hui La Poste Santé & Autonomie, Maincare, le GIP CPage et les Hospices Civils de Lyon via Hopsis. Ensemble, nous travaillons à la conception d’un SIH de nouvelle génération, en cohérence avec les travaux menés autour de l’Espace Européen de Données de Santé.

Comment cette vision se matérialise-t-elle au sein de la stratégie de Maincare ?

La stratégie de Maincare repose sur deux axes complémentaires : la modernisation de nos solutions historiques et le développement de nouvelles offres, en lien avec les expertises de La Poste Santé & Autonomie.

La modernisation est déjà bien engagée sur les suites administratives M-GAM, M-GEF et M-RH, sur le WMS Copilote, sur les DPI CrossWay et Maincare IC, ainsi que sur notre plateforme de télémédecine M-Covalia. Cette évolution se traduit par des fonctionnalités concrètes et directement utiles aux utilisateurs. À titre d’exemple, M-GAM fait aujourd’hui partie des rares solutions de gestion administrative capables de fonctionner en multi-entités juridiques, avec des interfaces modernisées, de nouveaux usages et des apports de l’IA. Les utilisateurs bénéficient d’une liste de travail intelligente, qui met en avant les actions prioritaires sans multiplier les écrans.

Quid des nouvelles offres ?

Nous poursuivons le déploiement de notre DPI de nouvelle génération Maincare IC, désormais en production dans plusieurs établissements. Son ergonomie, son socle ouvert, son approche data-centrée et l’intégration native de l’IA en font un élément central de notre stratégie.

Nous enrichissons également notre catalogue avec des solutions issues de notre écosystème. Nous avons notamment lancé une offre complète en imagerie médicale avec un RIS rénové, et un PACS de nouvelle génération prévu pour 2026. Par ailleurs, de nombreux usages d’IA sont déjà intégrés au SIH, comme la synthèse de documents médicaux, la génération automatisée de comptes rendus ou encore les usages liés à la voix. Enfin, nous préparons une nouvelle offre dédiée aux Entrepôts de Données de Santé.

Pourriez-vous nous détailler votre stratégie IA ?

Grâce à l’expertise de Docaposte, nous nous appuyons sur une intelligence artificielle souveraine, maîtrisée de bout en bout au sein de notre écosystème. La plateforme DALVIA s’intègre naturellement dans les solutions Maincare pour développer des usages concrets au sein du SIH. C’est déjà le cas avec DALVIA Synthèse pour la synthèse automatique de documents médicaux, ou DALVIA Vox, qui permet la reconnaissance vocale et la génération de résumés de consultation, dans une logique d’IA ambiante.

D’autres usages sont-ils en cours de développement ?

Oui, clairement. Notre approche est pragmatique : intégrer l’IA de manière native dans le SIH afin qu’elle s’inscrive directement dans les pratiques quotidiennes des professionnels. Un axe fort concerne la voix : prescription vocale, navigation facilitée, interactions plus naturelles avec les logiciels. Ces usages permettent de gagner du temps et d’améliorer le confort d’utilisation.

Nous travaillons également sur des modules capables d’automatiser certaines tâches médico-administratives : admission, facturation, aide au codage, logistique ou structuration des données pour le soin et la recherche. Ces solutions sont développées en interne ou avec des partenaires partageant nos exigences. Toutes reposent sur la plateforme DALVIA de Docaposte, dans le respect des cadres réglementaires et éthiques. Elles sont conçues avec les professionnels de santé, afin de garantir leur utilité opérationnelle.

Un mot, pour finir, sur l’accompagnement des établissements de santé dans ces transformations ?

Maincare a engagé une réorganisation par business units afin de renforcer sa proximité avec les établissements et sa capacité d’adaptation. Cette organisation, associée aux synergies de La Poste Santé & Autonomie, nous permet de mobiliser les bonnes expertises en fonction des contextes locaux.

Nous nous appuyons également sur les compétences complémentaires de Docaposte pour les enjeux technologiques, de Heva pour la valorisation des données de santé ou de Careside pour les parcours territoriaux. Cet écosystème, soutenu par un actionnariat 100 % public via la Caisse des Dépôts et l’État, garantit une stabilité et une continuité essentielles pour accompagner les investissements et les transformations sur le long terme.

 

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